mercredi,avril 15,2026
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La récompense pour une insulte dans la Ligue de Football du Grand Est !

« Un sac ⁢à merde, c’est une insulte ? », ‌s’interrogeait⁣ Bernard​ Campan, alors face à un huissier dans Les 3 frères, un film de 1995. Pour ‍la Ligue du Grand⁣ Est de ‍football, la réponse semble ⁣être ​affirmative, ‍car l’expression « gros sac » ‌ est ‍désormais considérée comme un « propos blessant ». De même, « grosse merde » ‌ est qualifiée ⁣d’« injurieux » dans le barème récemment communiqué aux clubs.⁣ Utiliser‍ ces termes sur le⁣ terrain peut entraîner une amende⁣ variant de 0 à ⁤51 euros, ‍accompagnée d’une suspension de‍ 3 à 12 matchs. À titre de comparaison, l’huissier dans ​le ⁤film évoquait une amende de 500⁢ francs, soit environ 76 euros aujourd’hui. Il semble que certaines choses​ n’aient pas évolué ‍avec l’inflation.

Heureusement que ⁤le ​mail était daté du 24 août, sinon‍ j’aurais pensé à une blague.

Un dirigeant

Pour cette nouvelle saison ‍sportive 2025, la LGEF a adressé un⁤ courriel à ‍tous les clubs des 9 districts qu’elle‍ supervise, leur présentant « un lexique non exhaustif des propos jugés ‍inappropriés sur le terrain ».​ Ce ⁣document, sous forme de tableau,‍ inclut également un barème financier et disciplinaire ⁤pour chaque type de propos. « Heureusement que le mail​ était daté​ du 24 août, sinon j’aurais pensé à une blague », plaisante un dirigeant, qui préfère rester anonyme car « on ne sait jamais‌ avec les arbitres. Nous, on vise la montée. » Il est sage de ‍ne pas insulter⁣ l’avenir, ni l’arbitre. C’est tout l’objet de cette communication, qui se veut pédagogique, signée par Éric Mode, président de la​ commission de discipline régionale.

Le coût des mots

Cette lettre, qui se veut a priori éducative, peut ‌cependant donner l’impression de‍ « monétiser » l’insulte envers l’arbitre ou l’adversaire, selon Éric Borghini, ancien président‌ de la Commission fédérale des arbitres de la FFF ‌et​ actuel président ​de la Ligue Méditerranée (1). « On peut ⁣imaginer qu’un joueur avec un peu d’argent de ⁢côté se⁢ dise : « Pour‍ 75 euros, je vais lui faire un⁢ doigt d’honneur ou⁣ lui dire⁣ ce que⁤ je pense. » » En ⁣effet, 75 euros et une‍ suspension de 3 matchs à ​6⁣ mois sont les sanctions⁢ prévues pour un‌ geste⁢ inapproprié envers l’arbitre.

Ce tableau répertorie 74⁤ insultes classées en quatre catégories : propos blessants, propos grossiers/injurieux,⁢ propos obscènes et ⁢propos discriminatoires. Chacun est libre de juger​ cette classification et la sévérité des sanctions qui y sont associées, allant de ⁤0 à 150‍ euros d’amende et de 2 matchs à 7⁢ mois de suspension. « Ce qui me dérange avec ce ⁤lexique, c’est qu’il est, par nature, non exhaustif », souligne Borghini, avocat pénaliste. « Il ne faut pas sous-estimer⁣ l’imagination des acteurs⁣ du ⁤jeu. Un entraîneur, par exemple, répétait ⁣à un arbitre qu’il‌ n’avait⁣ pas progressé depuis leur dernière rencontre, ce qui, bien ‍que non⁢ insultant, ‍était tout de même offensant. »

1 800‍ matchs de suspension l’an ‌dernier

Sans minimiser l’impact des ⁣insultes, un joueur de⁤ Régional 1 du Nord-Est exprime également son scepticisme. « Ils mélangent⁤ tout. ⁤Ils⁤ n’ont ‍jamais joué au foot ⁢pour penser cela. ‍Dire « Putain » ou « Nique ta race » quand ‌je me ⁤fais tacler, ce n’est pas une pensée sérieuse. Souvent, on se retrouve au club-house après le match et tout est ⁤oublié. » Il‌ précise cependant qu’il⁤ « ne parle ⁣pas de la dernière colonne (les propos discriminatoires). Là, c’est ⁤sérieux.‌ Mais pour le reste… Laissez-nous jouer. On n’est pas‌ en primaire. » Un arbitre confirme : « Si on devait réagir à chaque insulte,​ les matchs dureraient des heures, » dit-il avec un sourire​ amer.⁣ « Notre appréciation dépend aussi du contexte du match. »

Les insultes et menaces surviennent toujours⁤ dans⁤ un contexte ⁣d’énervement, rarement sans raison. ⁤Un⁤ joueur en colère ne pensera pas au barème.

Un arbitre

Un autre arbitre, ⁣plus ​expérimenté, partage⁤ ce sentiment : « Les insultes et menaces proviennent toujours​ d’un moment‌ d’énervement, rarement sans raison. Un joueur en⁤ colère ne pensera⁣ pas aux 50 euros d’amende à ‌ce moment-là. » ⁢ Il est indéniable⁣ que les incivilités se multiplient sur les terrains, ⁣et⁢ les arbitres en sont souvent les ⁣cibles. Il suffit d’observer⁢ un dimanche derrière‍ la barrière pour s’en rendre compte. Sans se positionner comme des bons ou mauvais élèves à l’échelle nationale, les ‍joueurs‍ de Ligue, de Reims à Colmar, ⁤ont ⁤accumulé 1 800 matchs de suspension​ après leur passage en commission de discipline ​la saison dernière. En un ⁣an, 293⁢ joueurs et 61‍ entraîneurs ou dirigeants ont été exclus pour des propos blessants, grossiers‌ ou injurieux.

Renforcement des règles dans la Ligue régionale

L’envoi de ce tableau ⁣visait-il à ⁤apaiser les tensions à l’aube de cette nouvelle‌ saison ? « Non, c’est une initiative malheureuse⁢ de la commission de⁢ discipline », ‍ déplore Yann Leroy, président de la Ligue du ​Grand Est de football. « Ce document était destiné à‌ un usage‍ interne pour uniformiser les pratiques au sein de notre vaste territoire. Il n’aurait jamais dû‍ être​ partagé avec les clubs. Je le ⁤regrette. » ‌ L’expéditeur pensait bien faire, mais a‌ finalement⁣ suscité ​des réactions négatives. ⁣ « Quand j’ai ‍appris cela, j’étais assez en⁤ colère. Ils n’ont pas réalisé que cet envoi ⁢risquait d’être pris à la légère⁤ plutôt qu’au sérieux. » ‌ Et le problème des incivilités est bien réel.

En réponse à cette situation, la LGEF est l’une des premières⁣ ligues nationales à appliquer une recommandation de la FFF ⁤datant de ‍cet été,‌ visant à durcir les règles concernant ‍le carton‌ blanc, une sanction destinée à calmer‌ un joueur trop⁣ agressif en le‍ retirant du jeu pendant​ 10 minutes (2). « Un carton blanc est désormais considéré comme⁤ un carton jaune », précise le ​président ​Leroy. « Il⁣ peut donc ⁢se cumuler avec un autre jaune. En ​d’autres termes, un joueur peut être convoqué en ⁣commission pour un ‌jaune et un‍ blanc dans le ‍même match. En professionnel, il recevrait deux ​jaunes‍ puis un ‍rouge. C’est la ‌même⁣ logique ici. » Le message est⁢ clair. Et comme⁤ avec ‍un arbitre, contester ne‌ sert⁣ à rien.

Bleus : l’Amérique se mérite

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