Nous assistons à un nouveau rebondissement dans le conflit qui oppose la LFP à Canal+. Ce dernier épisode soulève des interrogations, tant il semble nuire à tous les acteurs impliqués, en particulier au football français. Au cœur de cette situation se trouve la diffusion de la chaîne Ligue 1+ sur la plateforme de Canal+, un enjeu crucial pour le championnat national.
Il est difficile d’imaginer que notre championnat puisse être absent de l’offre de l’un des principaux acteurs du paysage audiovisuel français, qui compte plus de 9 millions d’abonnés et se concentre traditionnellement sur le football, notamment avec la Premier League et la Ligue des champions. Pour le groupe Bolloré, il était essentiel de permettre à ses abonnés de suivre des matchs tels que OM-PFC ou Strasbourg-PSG. De plus, compte tenu des bons résultats initiaux, il serait économiquement illogique de renoncer à une source de revenus facile, sans nécessiter d’investissements lourds. Dans ce contexte, les fonds générés par Canal+ auraient constitué une compensation appréciable après les difficultés rencontrées avec Mediapro.
Une relation de plus en plus conflictuelle
Malheureusement, le problème réside dans le sentiment de Canal+ d’avoir été lésé, un sentiment qui peut être justifié, surtout après la vente à Amazon des droits de la Ligue 1 à un prix jugé dérisoire. Depuis cet incident, les actions en justice se sont multipliées, mais sans succès jusqu’à présent. De son côté, la Ligue, dont l’avenir semble incertain, pensait avoir pris les mesures nécessaires, notamment avec le départ de Vincent Labrune et l’arrivée de Nicolas de Tavernost à la tête de LFP Média. L’espoir était que les intérêts financiers de chacun convergent vers un accord bénéfique.
Le problème majeur réside dans la position de Maxime Saada, le directeur de Canal+, qui refuse de renoncer à son droit de demander réparation. Bien que des accords verbaux aient été établis, aucun contrat n’a été formellement signé. La demande de la Ligue de suspendre les poursuites judiciaires a tout fait capoter. Au dernier moment, Ligue 1+ a interrompu les flux que Canal prévoyait d’utiliser, se considérant en droit de le faire. Suite à cette situation, Maxime Saada a exigé, dans une lettre publiée par L’Équipe, la liberté de vendre la Ligue 1 comme bon lui semble : « Ces échanges ont abouti le 18 août à la finalisation d’un term sheet qui fixait l’accord entre les parties sur les éléments essentiels du contrat de distribution. Cependant, de manière inattendue, vous avez indiqué que l’application de cet accord supposait que Canal+ renonce à ses demandes dans le cadre des contentieux en cours contre LFP Média relatifs à l’attribution des droits de Ligue 1 à Amazon en juin 2021. Nous avons cherché la mention d’une telle condition dans nos échanges écrits, en vain. »
Les véritables victimes : les fans et les petits clubs
Ce qui est ironique, c’est qu’en retardant la mise à disposition de la Ligue 1 sur sa plateforme, Canal+ favorise à nouveau Amazon, qui propose actuellement l’abonnement le plus compétitif. Il est inutile de chercher à désigner un bon ou un méchant dans ce triste spectacle. Dans cette querelle, chacun interprète les règles à son avantage, ce qui est presque une caractéristique du football. Dans le monde des affaires, la recherche de fair-play ou d’équité peut sembler épuisante. Même ceux qui prônent le respect des accords passés n’hésitent pas à manipuler la situation pour leur propre bénéfice, comme l’a fait Canal+ cet été, observant avec un sourire en coin le football français s’inquiéter de ses revenus médiatiques. Les véritables perdants dans cette affaire sont les téléspectateurs, en particulier les personnes âgées, qui ne sont pas toujours à l’aise avec les nouvelles technologies, ainsi que les petits clubs qui comptent chaque euro qu’un nouvel abonné pourrait apporter à leur modeste budget. Il ne reste plus qu’à espérer qu’une solution soit trouvée, peut-être même avec l’aide d’un médiateur inattendu.
Strasbourg, pour continuer d’écrire sa propre histoire

