Lorsque l’on évoque les réalisations d’une personne à l’âge de 21 ans, on pense souvent à des événements marquants tels que la célébration de la majorité, l’obtention d’un premier emploi, l’achat d’une première voiture ou encore l’emménagement dans son premier appartement. Cependant, rares sont ceux qui peuvent se vanter d’avoir déjà disputé plus de 100 matchs professionnels, d’être capitaine de leur équipe ou d’avoir eu l’audace de refuser une offre de Thierry Henry. À moins, bien sûr, d’être Habib Diarra. Après quatre saisons en tant que professionnel, ce milieu de terrain est devenu l’emblème du Racing Club de Strasbourg, l’un des derniers bastions de l’identité du club, qui s’effrite depuis l’arrivée de BlueCo. De plus, il a été sélectionné en équipe nationale sénégalaise, se positionnant comme l’un des visages d’une équipe qui nourrit de grandes ambitions pour l’avenir. Habib Diarra est un homme pressé, qui avance sans se retourner, sauf pour se remémorer ses origines.
Origines, ambitions et parcours
À seulement 20 ans, Habib Diarra a été nommé capitaine de Strasbourg au début de la saison récemment achevée, s’imposant comme l’un des meilleurs milieux de terrain de Ligue 1, avec une nomination au trophée Marc-Vivien Foé à son actif. Il pourrait envisager un départ vers la Premier League cet été, une perspective qui marquerait un tournant majeur pour ce jeune homme né à Guédiawaye, au Sénégal, mais ayant passé la majeure partie de son enfance dans la région frontalière avec l’Allemagne. À l’âge de 4 ans, il s’installe à Mulhouse, où il se distingue rapidement, avant de rejoindre le pôle espoir du Grand Est à Nancy à l’âge de 13 ans.
Je lui disais que pour chaque but marqué, il recevrait deux euros, et s’il en marquait trois, il gagnerait 10 euros. Alors, chaque fois qu’il marquait, il venait me voir en disant « Papa, donne-moi mon argent ! »
« Il était vraiment au-dessus des autres. Au départ, il jouait attaquant », se remémore son père, Samba Diarra. Ce dernier se souvient de la transition de son fils vers le milieu de terrain, encouragée par Jean-Robert Faucher, l’entraîneur de l’époque et actuel directeur du Pôle Espoirs football de Nancy. « Je suis allé le voir pour lui dire qu’il avait été repéré comme attaquant, et il m’a assuré qu’il n’y aurait pas de problème », raconte Samba, qui n’était pas très enthousiaste à l’idée de ce changement de poste. « Marquer, c’était son truc, mais il savait aussi défendre. Je lui disais que pour chaque but, il gagnerait deux euros, et s’il en marquait trois, il aurait 10 euros. Alors, chaque fois qu’il marquait, il venait me voir en disant « Papa, donne-moi mon argent ! » », se remémore-t-il, amusé par la situation. « Il faisait ses devoirs et allait taper le ballon tout seul contre un mur. Il avait une passion incroyable pour le football », ajoute son père.
Le chemin de la passion à la professionnalisation est semé d’embûches. Son frère, Cheick, l’a « toujours soutenu à travers la France » et croyait fermement en son potentiel. Régis Bogaert, ancien entraîneur adjoint de l’équipe nationale sénégalaise, souligne son « intelligence dans l’équilibre de l’équipe », tandis que Mathieu Le Scornet, qui l’a côtoyé au Racing, évoque son « explosivité exceptionnelle ». Habib Diarra affirme avoir beaucoup appris de ses différents entraîneurs. Concernant Liam Rosenior, il déclare : « Il m’a aidé à grandir sur le plan mental, humain, technique et tactique ». Il a également eu l’occasion de travailler avec Patrick Vieira : « J’étais ravi de son arrivée, car c’était un joueur de mon poste et une grande référence. Il m’a donné des conseils précieux sur le jeu, tant en attaque qu’en défense ».
Strasbourg est ma maison. Je suis convaincu que je suis lié à ce club pour la vie, c’est un club exceptionnel qui m’a tout offert.
Ses entraîneurs, éducateurs et coéquipiers décrivent tous un jeune homme « curieux » et conscient des étapes nécessaires à sa progression. « Je me concentre sur les petits espaces pour améliorer ma technique et être plus à l’aise. Je travaille sur ma première touche pour pouvoir éliminer mes adversaires et être plus décisif », explique-t-il. Mathieu Le Scornet partage cet avis : « Pour qu’il passe à la vitesse supérieure, il doit aller au bout de ses actions, continuer à être décisif, que ce soit par des passes décisives ou en marquant davantage ». Cela fait écho à une occasion manquée lors d’un match contre Le Havre, qui aurait pu changer le cours de la rencontre.
Habib Diarra : L’Ascension d’un Leader à Strasbourg
La quête d’une qualification européenne est au cœur des préoccupations du Racing Club de Strasbourg, et Habib Diarra, le milieu de terrain prometteur, joue un rôle central dans cette aventure.
Un Parcours en Évolution
Depuis la saison 2021-2022, où le jeune Diarra, âgé de seulement 17 ans, faisait ses débuts, il a considérablement évolué. «Ces deux saisons sont totalement distinctes. À l’époque, j’étais un novice, fraîchement promu chez les pros. Aujourd’hui, je suis un joueur établi, bénéficiant d’une plus grande confiance de la part de l’entraîneur et du staff», explique Diarra, qui a désormais accumulé 102 apparitions avec son club formateur, confirmant ainsi les espoirs placés en lui il y a trois ans. «À Rennes, j’ai observé de nombreux jeunes passer du statut d’espoir à celui de professionnel, et maintenant, je vois Habib, véritable figure de l’académie de Strasbourg, briller dans l’équipe», se remémore Mathieu Le Scornet, ancien adjoint de Julien Stéphan et actuel entraîneur de la réserve strasbourgeoise. Jean-Ricner Bellegarde, aujourd’hui à Wolverhampton, partage également cet avis : «La première fois que je l’ai vu, il dégageait une énergie incroyable, une puissance et une détermination.»
Diarra se sent profondément ancré à Strasbourg, ce qui explique peut-être son hésitation à rejoindre des clubs plus prestigieux. À la fin des matchs à la Meinau, il est souvent le premier à saluer un public qui l’a pleinement adopté. Il n’est plus le jeune ambitieux, mais un véritable leader, bien qu’il ait toujours eu un penchant pour le brassard de capitaine dans les équipes de jeunes. Sa famille ne tarit pas d’éloges à son égard : son père le décrit comme «un joueur qui se bat pour faire triompher son équipe», tandis que son frère Cheick affirme qu’il est «prêt à tout pour ses coéquipiers». «Il n’est pas surprenant de le voir capitaine aujourd’hui», conclut Bellegarde.
Diarra n’hésite pas à encourager ses coéquipiers et à inciter les moins motivés à se dépasser à l’entraînement. «Strasbourg est ma maison», déclare-t-il. «Je suis convaincu que je suis lié à ce club pour la vie, c’est un endroit exceptionnel qui m’a tout offert. Être capitaine ici est une immense fierté.» Cependant, il lui reste encore du chemin à parcourir, et son tempérament peut parfois le mener à des gestes impulsifs, comme en témoignent ses six cartons jaunes cette saison, tous reçus après des moments de frustration. «Il était encore un peu immature dans son approche, surtout face à l’erreur, ce qui pouvait le rendre frustré», se souvient Le Scornet. Bellegarde évoque également des «sautes d’humeur» et souligne le travail de Vieira pour l’aider à se maîtriser : «Il a beaucoup travaillé sur cet aspect avec lui.»
Un Choix de Cœur : Représenter le Sénégal
Depuis mars 2024, Diarra a pris une décision marquante en choisissant de porter les couleurs du Sénégal, une option qui le tentait depuis un certain temps. Ce choix est d’autant plus significatif qu’il aurait pu représenter la France aux Jeux Olympiques de 2024 sous la direction de Thierry Henry. Ce choix est également un hommage à son père, qui a lui-même porté les couleurs des Lions de la Teranga. «J’ai joué pour le Sénégal, et je souhaitais qu’il rejoigne l’équipe nationale pour représenter notre famille», raconte son père, qui souligne l’influence de l’ancien sélectionneur Aliou Cissé dans cette décision. «Il m’a toujours dit que Habib devait faire partie de cette génération, qu’il ne devait pas passer à côté.»
«C’est un futur grand joueur. Habib Diarra est irréprochable.»
Diarra ajoute : «J’ai beaucoup appris avec les jeunes et les Espoirs, mais représenter le Sénégal me semblait être un choix évident. Quand j’ai su que j’allais y aller, j’étais ravi. Je me sentais chez moi», se remémore-t-il, arborant le maillot des Bleuets. Dans cette démarche, Kader Mangane, ancien international sénégalais et dirigeant au Racing, a également joué un rôle clé en suivant de près l’évolution de Diarra. «Cette décision a été le fruit d’une réflexion mûrie», conclut-il.
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« C’est un joueur prometteur », déclare Régis Bogaert, l’adjoint d’Aliou Cissé lors de ses débuts. « Habib Diarra est irréprochable. » Avec déjà neuf sélections et trois buts à son actif, il se prépare pour la prochaine Coupe d’Afrique des Nations.

Son avenir, tant en équipe nationale qu’en club, semble prometteur, bien qu’il ne devrait plus se dessiner en France. Les avis de Le Scornet et Bogaert s’accordent à dire qu’une carrière en Angleterre pourrait lui convenir, tout en laissant la porte ouverte à d’autres options. « Il pourrait briller en Allemagne, où le jeu est plus ouvert, ce qui lui permettrait d’exploiter pleinement ses capacités de projection et d’impact offensif », avance Le Scornet. « En Angleterre, sa technique et sa puissance seraient des atouts majeurs. Il a le potentiel pour réussir dans ces deux championnats prestigieux. »
Cependant, Diarra préfère garder son calme et ne pas se précipiter. « Je ne veux pas me mettre la pression », confie-t-il. Il est conscient que, comme une cigogne, il pourrait un jour quitter son nid pour de nouveaux horizons.
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