« Dans la boue, il y a des rats / Dans les égouts, des rats / Ils sont omniprésents, les rats / Ce sont les Marseillais ! » Cette chanson, prisée par les supporters parisiens, refait surface chaque saison à l’approche des affrontements entre le PSG et l’OM, suscitant de vives controverses. D’un côté, les Marseillais dénoncent un racisme latent. De l’autre, les Parisiens défendent un esprit de chambrage lié à l’hygiène de leur ville. Bien que certains ne perçoivent pas la problématique des paroles de ce chant, il est en réalité le reflet d’un discours colonial qui a émergé lors de la conquête de l’Algérie.
Les Racines du Racisme Colonial
La connotation péjorative du mot « rat » n’est pas récente et s’inscrit dans un contexte de racisme colonial, particulièrement marqué au XXe siècle. À cette époque, le terme « ratons » (jeunes rats) était utilisé pour déshumaniser les populations colonisées. Ce terme a également été employé par les nazis pour désigner les Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. C’est de cette dérivation que provient le mot « ratonnades », qui désigne des « expéditions punitives ou violences exercées contre des Maghrébins », selon le Petit Robert. Pendant la guerre d’Algérie et les événements qui ont suivi l’indépendance algérienne, les ratonnades se sont multipliées entre les années 1960 et 1980, laissant une empreinte indélébile sur l’histoire de Marseille. Cela a commencé avec la rafle au Vieux-Port, orchestrée par les nazis et la police collaborationniste en janvier 1943, et s’est intensifié en 1973, lors du premier choc pétrolier, avec une montée des violences racistes envers les immigrés maghrébins dans le sud de la France, notamment à Marseille.
« On vivait dans la terreur »: il y a 45 ans, à Marseille, une série de ratonnades ensanglantent la ville https://t.co/DaNx0MUc0u #AFP par @beckerin_AFP pic.twitter.com/1hFxjwLBLD
— Agence France-Presse (@afpfr) February 16, 2018
C’est dans ce climat sociétal, en parallèle de la rivalité croissante entre le PSG et l’OM, que le chant des « rats » a vu le jour dans la tribune Boulogne. Selon Sébastien Louis, historien contemporain et expert en supportérisme, le racisme véhiculé par ce chant est indéniable : « Le mot “rats” est l’un des nombreux termes xénophobes utilisés pour désigner les populations maghrébines en France, et dans ce chant, il fait référence aux Marseillais. Cela rappelle les blagues racistes sur Marseille, une ville historiquement marquée par une forte immigration. Ce terme sous-entend que les Marseillais ne sont pas de véritables Français, mais seulement des Maghrébins. » Avant l’instauration du plan Leproux, suite à la mort de Yann Lorence lors du Classique du 28 février 2010, la tribune Boulogne était majoritairement peuplée de supporters d’extrême droite, comme l’indique Sébastien Louis : « Dès les années 1980, notamment en 1985, lors d’une interview de membres du Kop de Boulogne, leurs opinions d’extrême droite étaient clairement affichées. Cette mouvance a été présente au sein du Kop de Boulogne depuis le milieu des années 1980. »
Une Évolution du Racisme au Fil du Temps ?
Depuis, les tribunes du Parc des Princes ont évolué, notamment grâce au plan Leproux et à l’arrivée des investisseurs qataris. Aujourd’hui, le Collectif Ultras Paris (CUP), basé dans le virage Auteuil, anime le stade depuis le retour des ultras en 2016. Ce collectif regroupe plusieurs groupes de supporters, comme le souligne Sébastien Louis : « Le CUP est une entité relativement récente, qui ne se définit pas par une idéologie précise. Sa composition est plus représentative de la diversité de la banlieue parisienne, contrastant avec l’identité blanche qui prévalait à Boulogne. » Cependant, ce sont les supporters d’Auteuil qui chantent actuellement ce refrain. Mathéo Moreau, abonné au Parc des Princes, déclare : « Le chant a-t-il une histoire raciste ? Oui. Est-il aujourd’hui chanté par des racistes ? Non. Faut-il le changer ? C’est à ceux qui le chantent, c’est-à-dire au CUP, de décider. Ils ont manifestement choisi de ne pas le faire. » Cette opinion est partagée par Nicolas Hourcade, sociologue et expert en supportérisme : « En général, les ultras cherchent à rabaisser leurs adversaires à travers leurs chants. Pour les supporters parisiens, traiter les Marseillais de “rats” est une manière de les discréditer. Bien que ce terme ait pu avoir une connotation raciste dans le passé, pour les ultras d’Auteuil, qui viennent de milieux divers, il n’y a pas d’intention raciste, mais plutôt une volonté de dévaloriser leurs rivaux. »
Au stade, l’émotion doit se transmettre avec des engagements forts. Envers notre club, nos joueurs, et l’esprit de ce sport que nous aimons tant. #SupportersSupportons pic.twitter.com/jNYj6hSmPG
— Paris Saint-Germain (@PSG_inside) March 15, 2025
Les supporters niçois, également critiqués pour une banderole controversée lors d’un derby contre Marseille en janvier, revendiquent eux aussi un droit à l’injure. Mathéo Moreau, élève avocat, souligne que ce chant est populaire parmi les supporters parisiens en raison de son rythme entraînant : « C’est un chant que tout le monde connaît. Il n’y en a pas beaucoup, trois ou quatre. Le mot “rats” est simplement péjoratif. Est-ce raciste ? Peut-être à l’origine, mais plus aujourd’hui, car il est chanté par un large public, pas seulement par quelques individus d’extrême droite. » En revanche, Sébastien Louis estime que « le caractère raciste est souvent minimisé par ceux qui le chantent. L’argument selon lequel il s’agit simplement d’un chant partisan est trop simpliste, car il y a un contexte historique significatif derrière. » Il est certain que l’ambiance dans les tribunes sera électrique, mais sur le terrain, l’issue reste incertaine.
« Je préfère mourir avant de voir le PSG gagner la Ligue des champions »

