« Quand cela prendra-t-il fin ? Quand les gens agiront-ils ? Nous n’avons ni les yeux clairs ni les cheveux dorés, mais nous sommes des êtres humains. Notre seul crime est d’être occupés par des Israéliens », déclare Rami Abou Jamous. Dans son ouvrage Journal de bord de Gaza, ce journaliste palestinien, également fixeur pour des reporters étrangers dans la bande de Gaza, a consigné les événements tragiques des derniers mois. Depuis plus d’un an et demi, les habitants de Gaza subissent les bombardements et les atrocités perpétrées par l’État israélien, un cycle de violence qui rappelle les conflits de 2006, 2009, 2012 et plus récemment en 2021. Un peuple en souffrance. Le bilan actuel fait état de plus de 50 000 morts selon l’Unicef, avec près de 111 000 blessés et environ 11 000 disparus. Des chiffres qui, selon The Lancet, pourraient être sous-estimés de 40%.
Le secrétaire général adjoint du Comité olympique palestinien m’a confié qu’il faudra au moins dix ans pour que les compétitions sportives retrouvent leur niveau d’avant.
Bien qu’un cessez-le-feu ait été instauré en janvier, l’armée israélienne a décidé de le rompre dans la nuit du 17 au 18 mars, entraînant plus de 1 000 morts en seulement 24 heures. Pendant ce temps, Donald Trump a évoqué un projet controversé visant à transformer la bande de Gaza en « nouvelle French Riviera », alors que sur le terrain, la situation demeure chaotique. Près de 80% des bâtiments ont subi des dommages considérables ou ont été complètement détruits, y compris des terrains de football. Bien que le football ne soit pas la priorité actuelle, des milliers de Palestiniens passionnés attendent avec impatience de retrouver leurs terrains et leurs amis, malgré la perte tragique de nombreux camarades. Selon le Comité olympique palestinien, environ 560 sportifs, dont 250 footballeurs, ont perdu la vie à cause des attaques de l’armée israélienne.
Des infrastructures sportives en ruines
« Je suis désolé, mais il est difficile de se connecter à Internet ces jours-ci. La connexion est souvent coupée, je vous appelle dès que j’ai un peu de réseau. » Adham Abu Samra, âgé de 25 ans, joue au football depuis l’âge de 6 ans, évoluant au poste d’attaquant. Cependant, depuis plus d’un an, il a dû ranger ses crampons et son maillot. C’est un véritable déchirement. « C’est difficile. Le football me manque, les terrains me manquent. Bien sûr, ce n’est pas la priorité, mais nous espérons un jour pouvoir rejouer », confie le joueur du Shabab Rafah SC, un club de première division. Adham se considère « chanceux », car son club, situé à Rafah, au sud, a encore ses infrastructures intactes, contrairement à de nombreux autres stades de Gaza qui ont été ciblés. « Nous avons de la chance, notre stade est encore debout », souligne-t-il. Il ajoute : « Malgré le cessez-le-feu, il est trop risqué de reprendre les entraînements. Israël occupe Rafah, la sécurité n’est pas garantie. »
Chaque fois que l’équipe nationale joue, cela nous rappelle que nous existons, que nous avons un drapeau, une équipe et une nation qui refuse d’être effacée.
Depuis plus de quinze mois, l’armée israélienne cible les infrastructures essentielles, y compris les hôpitaux et les lieux de rassemblement social, comme les stades de football, dont celui de Yarmouk. Ce dernier, le plus grand de Gaza City, est désormais en ruines et sert de camp pour les déplacés. C’est un exemple parmi les 265 installations sportives détruites dans la bande de Gaza. « Il ne reste presque plus rien », déclare Abubaker Abed. Journaliste sportif gazaoui, il a documenté les conséquences de ces attaques à travers de nombreux reportages : « Tout doit être reconstruit, c’est un désastre. Actuellement, il est difficile d’imaginer comment les choses pourraient s’améliorer. Le secrétaire général adjoint du Comité olympique palestinien m’a dit qu’il faudra au moins dix ans pour que les compétitions sportives retrouvent leur niveau d’avant. »
Families have left Al-Dora Stadium
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À Deir al-Balah, le seul stade encore debout à Gaza, des réparations urgentes sont nécessaires pour permettre la reprise des activités footballistiques. Voir l’image ici
— Abubaker Abed (@AbubakerAbedW) 12 mars 2025
« Le football à Gaza est en péril », déclare Dima Saïd, porte-parole de la fédération palestinienne de football. Elle ajoute : « Cela fait plus d’un an que le football est suspendu, les infrastructures sont ravagées, des joueurs ont perdu la vie, et le championnat n’a pas eu lieu depuis octobre 2023. » Dans ce contexte difficile, l’équipe nationale palestinienne représente bien plus qu’un simple groupe de joueurs, malgré les propos d’Emmanuel Macron. En mauvaise posture dans les qualifications pour la Coupe du Monde 2026 (les Lions de Canaan occupent actuellement la dernière place de leur groupe), la Palestine espère honorer son peuple lors d’un match décisif contre la Jordanie. Mais au-delà du score, l’essentiel est « l’honneur », précise Dima Saïd, qui explique : « Chaque match de l’équipe nationale nous rappelle notre existence, notre drapeau, notre équipe et notre nation qui refuse de disparaître. L’occupation en est bien consciente, c’est pourquoi elle attaque systématiquement le football palestinien. »
Le football comme symbole de résistance
Malgré l’interruption des compétitions officielles depuis plus d’un an et la destruction ou l’occupation militaire des stades, les footballeurs de Gaza continuent de nourrir leur passion au milieu des décombres. Il n’est pas rare de voir des groupes de trente personnes rassemblés devant un écran pour suivre un match, comme ce fut le cas en avril 2024 lors du Clásico entre le Barça et le Real. Des tournois et des rencontres sont également organisés dans les ruines, certains directement par la fédération palestinienne. « Nous voulons prouver à l’occupant que nous sommes toujours présents et que nous ne plierons jamais », affirme Dima Saïd. « Ces tournois offrent aux jeunes joueurs l’opportunité de démontrer leur talent, de rêver et d’espérer. En Palestine, le football transcende le simple sport ; c’est un véritable outil de résistance », ajoute l’ancienne capitaine de l’équipe féminine de Palestine.

Parmi les participants, Adham Sabu Samra témoigne : « Jouer au football m’aide à garder la tête haute et à m’évader. Quand je suis sur le terrain, j’oublie mes soucis », confie ce fervent supporter du Real Madrid et de Cristiano Ronaldo. « C’est un remède, une source de réconfort et de joie pour de nombreux Gazaouis. Malgré les bombardements et les tragédies, les habitants de Gaza continuent de jouer au football, de suivre les matchs et d’en discuter. Cela prouve que Gaza est une terre de football », ajoute le journaliste Abubaker Abed.
Un silence assourdissant à l’international
En mai dernier, la fédération palestinienne de football a déposé une plainte auprès de la FIFA pour suspendre les équipes israéliennes de toutes compétitions. Cette demande n’a pas été considérée par l’instance dirigeante du football mondial, alors qu’Israël est accusé de « génocide contre la population palestinienne à Gaza », comme le souligne Amnesty International. « Il y a un double standard évident, surtout en comparaison avec la Russie. En choisissant de ne pas sanctionner Israël, la FIFA envoie un message clair : le football palestinien et les vies palestiniennes n’ont aucune valeur », critique Dima. Ce silence est également source de frustration pour Abubaker : « Nous sommes déçus par l’inaction de la FIFA, mais aussi par le mutisme des clubs et des joueurs. »
En choisissant de ne pas sanctionner Israël, la FIFA envoie un message clair : le football palestinien et les vies palestiniennes n’ont aucune valeur.
Pour sa part, Adham Abu Samra préfère se concentrer sur les nombreux messages de soutien provenant de joueurs et de supporters du monde entier : « Cela nous touche et nous donne de la force. Nous nous sentons moins seuls », s’émeut-il, lui qui rêve de jouer un jour en Ligue des champions. Un souhait qui semble lointain aujourd’hui. « Il est difficile pour un jeune joueur de s’épanouir et de progresser lorsqu’il vit sous la menace des bombardements quotidiens, que son championnat est suspendu et que les stades sont détruits. »
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Le Football Palestinien : Un Espoir Malmené à Gaza
« Le football à Gaza est en péril. Il est difficile d’imaginer un avenir prometteur pour ce sport alors qu’Israël continue de nous menacer », déclare Adham. « Pour revitaliser le football dans cette région, il est impératif de reconstruire les infrastructures qui ont été détruites, ce qui nécessite des investissements conséquents. Cela ne peut se faire qu’avec un soutien international solide. À ce jour, l’aide a été très limitée. Le monde du football, y compris la FIFA et les grandes fédérations, a majoritairement choisi le silence. Le football palestinien n’est pas seulement négligé, il est ignoré à un moment où une action urgente est nécessaire », ajoute Dima Said avec une pointe d’amertume.
Cependant, comme le souligne la porte-parole de la Fédération, à Gaza, plus qu’ailleurs, « les joueurs, les entraîneurs, les éducateurs et les clubs continuent de garder espoir et ne renonceront jamais ». Bien que le football ait du mal à s’épanouir dans la bande de Gaza, il n’est pas encore hors jeu.
Une vidéo touchante de l’équipe nationale palestinienne pour annoncer sa sélection
Témoignages de Dima Said, Adham Abu Samra et Abubaker Abed recueillis par TP.
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