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Récits poignants : ces enfants de 10 ans accompagnaient les joueurs lors du match France-Allemagne au Stade de France, le soir tragique du 13 novembre 2015

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Ce soir-là, le⁣ Stade de France devait vibrer au rythme du football. Les Bleus, désireux ⁤de venger leur élimination en quart de finale du Mondial brésilien,⁢ accueillaient les⁣ champions du monde allemands.​ Pour le SC⁣ Le Rheu, c’était également une occasion mémorable, car une vingtaine de jeunes joueurs avaient été invités à accompagner les footballeurs sur ‍le terrain. Ce ⁣petit club ‍d’Ille-et-Vilaine, récompensé pour son organisation⁢ de la ⁤Journée⁤ nationale des débutants quelques ⁣mois⁣ auparavant, offrait ‍ainsi un cadeau inestimable‌ à ses jeunes U11. « Au début,‍ je‌ n’y croyais pas. Nous, un petit club⁣ de Bretagne, au Stade de France ? J’étais choqué, ému, et vraiment fou ⁤de joie », se ‍remémore Baptiste, alors âgé de‍ 10 ans.

J’ai été associé⁤ à Matthias Ginter, de Dortmund : j’étais un peu déçu, car je ne le connaissais⁣ pas !

Samuel,​ 9 ans à l’époque

Pour ces jeunes aspirants footballeurs, c’était leur première expérience à l’extérieur. « J’avais déjà été ⁤Escort Kid une fois à Rennes en Coupe ‌de France, aux côtés de Vincent Pajot. Mais ‌là, c’était différent, le stade n’était pas plein, et rien ‌à voir ⁣avec l’équipe‍ de France devant 80 000 spectateurs ! », sourit Costa, aujourd’hui âgé de ​20⁢ ans. Après un long voyage en bus, les ⁣jeunes Bretons se préparent dans l’après-midi ⁣au ⁢cœur de l’enceinte dionysienne.

Samuel, qui avait 9 ans en 2015, se souvient⁤ du protocole au Stade de France : « Dans les vestiaires, nous étions alignés en deux rangées : l’une tiendrait ‌la main des Français, l’autre celle des Allemands. […] J’étais du côté allemand,​ avec Matthias Ginter, de Dortmund…‍ Un peu déçu, car je ne le connaissais pas (rires), mais au final, on voyait tout le monde de très près. » Louis, accroché⁣ à la main de Jérôme Boateng, ne se plaint ​pas : « Au moins, du côté visiteur, tu peux‌ porter le ‍maillot de⁣ l’équipe‌ de‌ France ! D’ailleurs, ‍ils nous‍ ont même offert le kit complet à la fin⁢ ! »

De l’euphorie à l’inquiétude

C’est⁤ avec ⁢l’international Patrice Évra que‌ Costa a ​eu la chance⁤ de⁢ se retrouver : « Il a ⁤commencé à me saluer et‍ à me demander comment j’allais. Il m’a rassuré‌ en disant ⁤que tout irait bien et⁣ que l’ambiance serait incroyable, il était vraiment sympa. » L’entrée des joueurs sur ​le terrain, suivie‌ des hymnes, restera gravée dans la mémoire de ces jeunes. Cependant, Évra ne se doutait pas qu’une action anodine sur le terrain deviendrait, une demi-heure plus‍ tard, l’objet de toutes les chaînes d’information. « La première détonation, tout le monde pense à un pétard, on ​n’y‌ prête pas attention.⁣ La deuxième, c’est étrange :⁣ les gens se regardent, Évra⁤ se ‍fige avec ⁤le ballon… On commence à se poser des questions, mais on ne réalise ​pas encore la gravité de la situation », se remémore Baptiste, qui a regagné les tribunes pour‍ suivre le match avec⁢ ses amis.

Trop jeunes pour posséder un téléphone portable, ces Escort Kids sont parmi les rares spectateurs à vivre pleinement la suite de la rencontre, ‌qui s’annonçait comme la cinquième victoire consécutive des Bleus, grâce aux buts de Giroud ⁣et Gignac. « Juste au-dessus de​ nous⁣ dans la ​tribune, il⁣ y avait des porteurs de drapeaux, des jeunes de Vannes plus âgés, qui avaient un téléphone », se rappellent ​Samuel et Baptiste. « On les entendait ⁣parler de fusillades à Paris, mais ​à notre âge,​ on ne savait ‌même pas ce que signifiait le mot attentat ! »

Alors que le groupe de jeunes profitait ​du match, la décision a été prise au plus haut niveau ‍de l’État de ne pas interrompre la rencontre ⁤pour éviter tout mouvement de⁣ panique. C’est depuis ‌la tribune VIP qu’Hervé, président du⁤ club et père de Louis, a commencé à ressentir que quelque chose n’allait pas :‍ « À la mi-temps, ⁤des murmures ‍circulaient dans les loges, et d’ailleurs, nous ​n’avons pas⁢ revu François Hollande à‌ la reprise, lui qui était assis près de moi. Peu à peu, nous avons vu des⁢ gens ⁣quitter ‌le stade,⁢ des bruits de couloir, mais nous ne comprenions pas ‍vraiment ce qui se passait. »

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À⁤ cet âge-là, on ne comprend même pas ce que signifie le mot attentat !

Baptiste, ⁣10 ans‌ à l’époque

Thierry, le père de Baptiste et l’un des accompagnateurs ⁢du groupe d’enfants, se remémore également ces moments d’incertitude dans les ⁢tribunes : « Je n’avais plus de batterie ​sur mon téléphone à cause des ⁢nombreuses ⁤photos envoyées aux parents tout au long de la journée. Je n’étais donc pas informé de la situation. On entendait parler d’attentats à Paris, mais nous n’avions aucune idée que cela se passait aussi ‌près de nous, au Stade de France, d’autant plus que⁤ l’annonce faite par le speaker était très floue​ à la fin du match. » Au moment où la délégation bretonne essaie de quitter le stade après le coup de sifflet final, rien ne leur​ indique que l’horreur s’est produite à quelques mètres, emportant la vie de Manuel Dias, un ‍chauffeur de ‍car marnais de 63 ans, qui se trouvait dans un bar voisin.

Stade de France

La naïveté comme protection

Alors qu’une partie du public se réfugie sur le terrain suite à un mouvement de foule, c’est à l’extérieur, sur le parvis du stade, que la vingtaine d’enfants et leurs deux accompagnateurs se retrouvent soudainement plongés dans le⁢ chaos. « Ce qui m’a le plus ‍marqué, c’est de voir des adultes ‌affolés courant dans tous les ‍sens ⁣: ⁢on aurait dit des animaux en détresse, perdus​ et paniqués. Nous, les enfants, ne réalisions pas vraiment la gravité de la situation, mais‌ en voyant ⁢la peur dans⁤ les⁢ yeux des adultes, on se disait​ qu’il fallait peut-être avoir peur aussi, » témoigne Louis. Costa, quant à lui,⁣ se souvient de ⁢ « centaines de policiers partout, des gens en larmes, ‍et ⁣certains criaient ⁣même⁣ qu’on allait tous mourir… C’était la ‍panique, sans vraiment comprendre pourquoi. »

C’était la panique, sans vraiment comprendre pourquoi.

Costa, 10 ans à l’époque

Thierry, responsable du groupe d’enfants au cœur de ce⁢ décor chaotique, évoque avec émotion ces‌ moments qui resteront gravés à jamais : « Les ⁤CRS nous indiquaient des directions floues, ⁢et​ nous ne savions pas comment retrouver notre bus. On entendait qu’il y avait des morts à Paris, et l’un des enfants m’a demandé s’il s’agissait​ d’un ⁤tireur embusqué, car il y en ​avait effectivement sur⁤ les toits… Les enfants ⁣ne comprenaient pas, mais nous‌ avons passé près d’une tente blanche, où des hommes en tenue de protection étaient présents. Nous marchions comme des automates, nous‌ demandant si tout cela était bien‍ réel… »

Tente​ de secours

Après plusieurs heures d’errance et⁤ des indications contradictoires, le groupe parvient finalement à retrouver son bus aux alentours de 2 heures du matin, escorté par des membres de la FFF et des forces de l’ordre. C’est alors que Thierry peut enfin répondre aux centaines de messages de parents inquiets, restés sans ⁢nouvelles ​pendant des ⁣heures, tout en prenant conscience ‌des ⁤atrocités qui se sont déroulées dans la capitale. Les enfants, pour leur part, ne semblent pas⁢ avoir ressenti ⁣que ⁣leur soirée avait ​été gâchée :‍ « Pour moi, c’était juste une folie de plus dans une ⁢journée déjà incroyable, ⁣» ⁣confie Louis, partageant le même sentiment que Baptiste⁢ : « Mes yeux d’enfant n’ont retenu que le positif, et je ⁤me souviens d’avoir ​passé une excellente soirée, ⁢car je⁢ n’ai pas compris tout ce qui se passait autour. »

le traumatisme semble avoir davantage touché les adultes que les enfants.

Hervé, ancien président du ⁣SC Le Rheu

« En fin⁣ de compte, le traumatisme semble avoir plus affecté les ⁢adultes que les‌ enfants, » ⁤ constate Hervé, ajoutant : « Depuis ‌cette soirée, je suis beaucoup plus sensible qu’avant ; rien que ⁣d’y repenser, j’ai les larmes⁤ aux‌ yeux. » Thierry acquiesce, regrettant ⁣de ne⁤ pas avoir sollicité l’aide de la cellule psychologique mise en place par le club dans les semaines qui ont suivi : ‍ « J’ai eu beaucoup de mal à retourner dans ⁣un ‍stade, et rien que de me remémorer tout cela, c’est compliqué, c’est vrai. »

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Groupe

Une décennie après les tragiques événements, bien que les membres de⁢ la délégation rheusoise présents à Saint-Denis aient des ⁣souvenirs variés de cette nuit ⁣mémorable, tous réalisent aujourd’hui qu’ils ont⁢ échappé à un sort bien plus grave, si⁢ les assaillants avaient réussi⁤ à⁢ pénétrer dans le‌ stade comme prévu. Ce jeudi, une cérémonie de commémoration se tiendra au Parc des Princes, coïncidant​ avec​ le match France-Ukraine, pour honorer la mémoire des 130‌ victimes des attentats du ⁣13 novembre 2015.

Les⁢ Bleus prennent leur⁣ revanche ‍sur l’Argentine… dans le classement FIFA

Tous ​les témoignages ⁣ont été recueillis‍ par FG.

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