À l’approche de ses deux derniers matchs de qualification – d’abord contre le Luxembourg ce vendredi, puis face à la Slovaquie lundi –, l’équipe nationale allemande fait face à une réalité : l’incertitude règne. Sous la direction de Julian Nagelsmann, l’équipe cherche à trouver son équilibre, notamment en ce qui concerne le poste de gardien de but. Avec Marc-André ter Stegen en convalescence à Barcelone, le rôle de gardien est devenu un véritable casse-tête. Oliver Baumann, habituellement serein à Hoffenheim, se retrouve propulsé titulaire (8 sélections) sans l’avoir vraiment anticipé. Quant aux jeunes Noah Atubolu et Jonas Urbig, ils sont encore à un stade où ils découvrent la pression des matchs à élimination directe, mais seulement à travers un écran de télévision.
Le spectre de Neuer
Manuel Neuer a pris sa retraite internationale après l’Euro 2024, marquant la fin d’une ère. Sa sortie a été discrète, à l’image d’un joueur qui a tout donné pour son pays. Cependant, le départ de ce capitaine emblématique a laissé un vide immense, difficile à combler. « Manuel Neuer est un gardien d’une classe exceptionnelle, rare à trouver », souligne Bodo Menze, fondateur du centre de formation de Schalke, où Neuer a évolué pendant 20 ans avant de briller au Bayern. « Jens Lehmann et Oliver Kahn étaient des gardiens redoutables, mais Neuer a redéfini le rôle : il pourrait presque jouer comme un joueur de champ dans une équipe de troisième division. »
En d’autres termes, l’Allemagne n’a pas seulement perdu un gardien, mais aussi une manière de jouer. Thierry Barnerat, expert en gardiens pour la FIFA et analyste vidéo pour Thibaut Courtois, souligne l’écart : « Même en fin de carrière, Neuer dégage une force incroyable. Comparé à lui, Baumann est encore loin du compte. » Ainsi, chaque erreur d’un gardien allemand ravive le souvenir de Neuer, tel un fantôme dont on peine à se défaire.
Un retour envisageable
En Allemagne, le débat ne se limite plus à la nostalgie. Bodo Menze affirme : « Le retour de Neuer en sélection est envisageable. Rudi Völler a discuté avec lui à ce sujet. Je connais Manuel, et son ambition est rare dans le monde du football. Je peux imaginer qu’il soit présent à la Coupe du monde : il est en excellente forme. » Reste à voir si son corps le suivra. Après une grave blessure, Thierry Barnerat rappelle que « c’est un miracle qu’il soit revenu, mais il n’a pas retrouvé son niveau d’antan. »
Le retour de Neuer en sélection est une possibilité. Rudi Völler a échangé avec lui à ce sujet.
Cependant, même en étant diminué, Neuer demeure une référence : « Lorsque le Bayern remporte le titre 2022-2023 avec Yann Sommer, c’est lui qui soulève le trophée à la fin, » note Barnerat, illustrant que son aura dépasse largement le cadre du terrain. À 39 ans, Neuer a peut-être perdu un peu de sa vivacité, mais son expérience et sa compréhension du jeu pourraient s’avérer décisives. Entre un gardien légendaire un peu rouillé et un titulaire improvisé, le choix n’est pas si absurde.
Des jeunes encore en devenir
La solution des jeunes talents ne convainc pas vraiment. Noah Atubolu et Jonas Urbig possèdent un potentiel indéniable, mais manquent encore d’expérience. « Ce sont de très bons jeunes, mais ils n’ont pas encore l’expérience nécessaire », admet Menze avec prudence. Barnerat, quant à lui, est plus catégorique : « Il est impensable de lancer des jeunes dans une telle compétition aujourd’hui. Vous êtes l’Allemagne, l’une des quatre meilleures nations du monde. Si vous alignez un jeune, il doit jouer en Ligue des champions et connaître la pression des grands matchs. » En d’autres termes, on ne peut pas risquer de faire jouer un jeune de 22 ans lors d’une Coupe du monde simplement par crainte d’appeler un vétéran. Pas en Allemagne, en tout cas.
Tout dépendra désormais de la récupération de Ter Stegen. S’il revient à temps, le débat sera clos. Sinon, le retour de Neuer pourrait passer d’une simple hypothèse à une option concrète. « Si Ter Stegen ne peut pas revenir, nous n’aurons d’autre choix que de faire appel à Neuer, » conclut Barnerat sans détour. « Mais s’il est à 100 %, Neuer restera chez lui. » Le paradoxe est cruel : l’Allemagne, terre de Kahn, Lehmann et Sepp Maier, se retrouve à court de gardiens capables de porter le poids de cette responsabilité. Face à ce vide générationnel, l’idée de rappeler le dernier grand nom devient presque rationnelle. Après tout, comme le souligne Menze, « Neuer est un talent si exceptionnel qu’il est rare de le croiser. Je ne peux le comparer qu’à Lev Yachine, et encore. » Alors, tant qu’il est encore là, pourquoi ne pas lui offrir une dernière chance de briller sous le maillot national à 40 ans ?
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