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Des matchs mémorables comme le Benfica-Barcelone avec ses neuf buts, les demi-finales de la Ligue des champions entre Barcelone et l’Inter, ou encore ce match Espagne-France à neuf buts… On peut également évoquer des rencontres marquantes telles que Tottenham-Manchester United en League Cup, Manchester United-Lyon, ou encore Real Madrid-Real Sociedad en Copa del Rey. Les Clásicos à 4-3 ou 5-2 s’ajoutent à cette liste impressionnante. Ce phénomène se répète inlassablement. D’abord, sur le papier, des athlètes aux capacités physiques extraordinaires, capables de disputer 55 matchs par an dès l’âge de 17 ans. Ensuite, sur le terrain, deux équipes affichant des faiblesses défensives qui feraient frémir n’importe quel entraîneur. Puis, comme l’a montré Lyon en prolongation ou l’équipe de France face à l’Espagne, les formations manquent de maîtrise et semblent désorganisées. Enfin, les joueurs se concentrent uniquement sur l’attaque. La tactique est mise de côté, les arbitres semblent absents. On assiste à un festival de buts, et la passion pour le football ne cesse de croître.
Une quête insatiable de spectacle
Depuis le 8 mars 2017, l’irrationnel est devenu une norme, et les spectateurs en redemandent. Ils peuvent assister à un match nul 3-3 en finale de Coupe du monde ou à un écrasant 5-0 en finale de Ligue des champions. Des scores comme 7-0 ou 7-1 sont devenus monnaie courante. Le plaisir est omniprésent. La dopamine incite à rallumer la télévision le lendemain, que ce soit pour suivre la Ligue 1 (qui n’a jamais été aussi prolifique en buts), ou des équipes de Ligue 2 comme Dunkerque ou Rodez, sans oublier la Ligue des champions ou la Ligue des nations. La Coupe du monde des clubs approche, et l’envie de la suivre devient presque irrésistible. Il faut sa dose, son shoot.
Les matchs d’aujourd’hui semblent dénués de sens, à l’exception de leur évocation des orgies de buts des années 1930 en Autriche ou des années 1950 en Hongrie. L’histoire se souvient d’un match mémorable où l’Espagne a battu l’Angleterre 4-3 en 1929, marquant la première défaite de l’Angleterre face à une équipe non britannique. Sur les 924 matchs disputés par l’équipe de France (merci à Chroniques bleues), 15 des 18 rencontres ayant compté au moins 9 buts ont eu lieu avant 1960. À cette époque, la tactique se résumait à des formations comme 1-2-7, 2-2-6 ou 2-3-5, et le hors-jeu n’était pas encore totalement codifié. Le spectacle n’avait pas encore pris une telle ampleur.
4 – C’est la 122e fois de son histoire que l’équipe de France marque plus de 3 buts dans un match, seulement la 4e fois qu’elle ne gagne pas, après des défaites contre la Yougoslavie en 1960 (4-5), l’Italie en 1920 (4-9) et le Luxembourg en 1914 (4-5). Folie. pic.twitter.com/owK1PKmh4S
— OptaJean (@OptaJean) 5 juin 2025
Des soirées inoubliables
Alors, comment expliquer ces instants magiques ? En 2025, le football a su capter toutes les ressources financières, historiques et symboliques. Il se consomme comme une drogue. Le spectateur recherche son dose de divertissement, de moments éclatants, de réactions passionnées, comme celles de Didier Deschamps qui se réjouit de la possession contre l’Espagne. Peu importe la constance, tant que les yeux brillent. Le football ne récompense plus le mérite, mais le spectacle. « Nous ne sommes pas un club de football, mais une entreprise de divertissement », reconnaissait avec justesse Jean-Michel Aulas en 2007.
L’aléa sportif semble avoir disparu dans les compétitions : le PSG s’imposera en Ligue 1, le Bayern dominera la Bundesliga. Ils le font même avec des marges de plus en plus larges. En réalité, l’incertitude n’existe plus que lorsque ces géants s’affrontent. C’est dans ce cercle restreint des vainqueurs que tout peut arriver. Ils peuvent donner le meilleur d’eux-mêmes à chaque match, sans calcul, même en quarts de finale de la Ligue des champions, car ils seront présents la saison suivante. Ils ne tomberont jamais. Paradoxalement, ces compétitions réduisent le mérite sportif (le parcours de l’Ajax en 2019 reste exceptionnel), mais elles en produisent en opposant d’énormes équipes.

Étant donné que la séduction et les émotions demeurent, cette tendance n’est pas prête de s’arrêter. Jusqu’à l’overdose. L’écœurement ne touche en effet qu’une minorité. Rappelons que, contrairement aux souhaits de Gerard Piqué et d’autres, la beauté de ces matchs d’exception réside dans leur rareté, et non dans une accumulation de buts filmés de manière verticale, ni dans un entre-soi de riches. Le football, c’est aussi un Châteauroux-Aubagne (6-2, raté), ou un Brest-Reims (0-0, ouf). Un match imparfait sous la pluie avec des contrôles ratés. Le plaisir naît du contraste.
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