Une image peut souvent transmettre plus qu’un long discours, et celle-ci en est un parfait exemple : un échange de bouquets de fleurs en hommage aux victimes d’un conflit interminable. C’est ainsi que les équipes basque et palestinienne ont choisi de commémorer la soirée où les locaux ont triomphé 3-0 face à leurs homologues palestiniens, marquant le début d’une journée marathon qui avait commencé plusieurs heures plus tôt.
Il est 15 heures ce samedi, au cœur du Casco Viejo, le quartier historique et animé de Bilbao. Dans ces rues pavées typiques du Pays basque, le kalimotxo, un mélange de vin rouge bon marché et de cola, ainsi que la bière, coulent à flots. Les tabernas sont bondées, et des chants traditionnels comme Txoria Txori et Ikusi Mendizaleak résonnent dans l’air. Au loin, des pétards explosent à intervalles réguliers. Il ne fait aucun doute que c’est un jour de match exceptionnel dans la capitale de la Biscaye. La sélection nationale basque affronte celle de Palestine dans un match amical chargé de symbolisme, intitulé « Football pour la paix », selon la une de Mundo Deportivo Bizkaia.

Unis pour la paix
« C’est un moment historique », déclare Mikel, 24 ans, arborant le maillot vert de l’Euskal selekzioa. « Ce soir, deux peuples opprimés s’affrontent pour revendiquer leurs droits à travers le football. » Depuis plus de cinq décennies, diverses organisations représentant les aspirations des deux peuples se sont régulièrement unies autour de luttes communes pour l’autodétermination.
Ce lien de solidarité s’est intensifié depuis 2023, en raison de la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza. Dans les stades basques, un véritable élan de soutien s’est manifesté envers les Palestiniens, victimes d’un « génocide » de masse selon plusieurs organisations internationales, avec un bilan tragique de près de 70 000 civils tués. Les groupes de supporters tels que l’Herri Norte Taldea, l’Iñigo Cabacas Herri Harmaila et les Bultzada, principaux soutiens de l’Athletic Club et de la Real Sociedad, ont profité des matchs de Coupes d’Europe pour faire entendre leur voix sur la situation, comme lors de l’ouverture de la saison de Ligue des champions contre Arsenal en septembre, où l’ICHH a déployé une banderole proclamant « Nous serons avec vous jusqu’à la fin », qui a rapidement circulé sur les réseaux sociaux.
À 17 heures 30, une immense foule se rassemble sur la place Arriaga. Une grande marche organisée par EH Bildu, la principale force abertzale (patriote) de gauche, se déroule avant le match. Joana, dans la quarantaine, tient un stand de vente de keffiehs. « Le peuple basque a connu la répression », explique-t-elle, en référence aux années de plomb, période allant des années 1960 jusqu’à l’arrêt de la lutte armée par Euskadi Ta Askatasuna (ETA) en 2011. « Il est naturel pour nous d’apporter notre soutien aux Palestiniens, car ils subissent une violence que nous avons également vécue. »
Cette solidarité et la pression exercée sur les instances ont porté leurs fruits : l’Athletic, initialement réticent à prendre position sur un sujet aussi délicat que la guerre, a été contraint par ses supporters de le faire. Le mois dernier, une collecte de fonds a été organisée lors du match entre les Leones et Majorque, avec les bénéfices reversés à des associations aidant les réfugiés de la guerre.
Reconnaissance et aspirations d’indépendance
Un autre symbole fort de cette rencontre est qu’il s’agit du premier match de l’Euskal selekzioa depuis plus d’un an. La reconnaissance des sélections nationales est une priorité pour de nombreux jeunes euskaldunak qui ne se reconnaissent pas dans l’équipe espagnole, la Roja, qui a aligné sept joueurs basques lors de l’été 2024.

C’est le cas de Nahia, une étudiante de 22 ans, qui assiste pour la première fois à un match de la Selekzioa : « En tant que Basques, nous aspirons à notre souveraineté et nous devrions avoir le droit d’avoir notre propre équipe. » Cette reconnaissance, le Pays basque a réussi à l’obtenir dans un autre sport national : la pelote. Récemment, la fédération basque a été reconnue au niveau international, ce qui a suscité des réactions vives de la part des milieux conservateurs, entraînant même un débat au Congrès des députés à Madrid.
Le football comme vecteur d’unité
Le coup d’envoi approche. Sur l’esplanade de San Mamés, la foule s’amasse. Inspirée par la Fußball Arena de Munich, la façade de la cathédrale s’illumine des couleurs de la sélection, et les deux drapeaux sont projetés. À l’intérieur, l’excitation atteint son paroxysme : 51 396 spectateurs se sont rassemblés, établissant un nouveau record pour cette équipe. À l’entrée des joueurs, un immense tifo représentant les deux drapeaux est déployé sur la tribune latérale, créant une atmosphère électrisante. Comme d’habitude au Pays basque, l’ambiance est survoltée : un moment historique se profile.

Dans les virages, les banderoles se succèdent : certaines louent la « résistance palestinienne », tandis qu’une autre réclame la « liberté pour le Pays basque ». Les chants résonnent des tribunes avec une intensité incroyable. Alors que les joueurs basques mènent 2-0, un immense Txoria Txori (ou Hegoak pour certains) est repris en chœur par tout le stade, provoquant des frissons. Yaser Hamed et ses coéquipiers palestiniens doivent s’incliner à trois reprises. L’équipe palestinienne, qui a frôlé la qualification pour la Coupe du Monde 2026, n’a pas réussi à rivaliser avec des Basques en pleine maîtrise, malgré les chants incessants de « Palestina askatu ! » (« Palestine libre ! ») qui ont résonné tout au long de la soirée.
La soirée se termine avec une banderole de remerciement pour le public. Au-delà des clivages politiques et des conflits, le football a une fois de plus prouvé qu’il pouvait transcender les divisions du monde… Tout comme le kalimotxo, qui se chargera de célébrer les vainqueurs de la nuit dans l’obscurité de Bilbao.
→ Le prochain match de la Palestine diffusé en France !
Écartée des grandes chaînes de télévision, la rencontre entre le Pays basque et la Palestine n’était malheureusement pas accessible à la télévision en France. Bien que certains aient pu se connecter à la télévision publique basque pour suivre le match, cela ne sera pas le cas pour le second match amical de la sélection palestinienne en Europe, prévu mardi soir à 18h30 à Barcelone, contre la sélection de Catalogne. En effet, la chaîne NA TV a acquis les droits de diffusion de cette rencontre, qui sera accessible sur les box de tous les opérateurs (Orange 357, SFR 504, Bouygues 338, Free 952). Pas d’excuse pour manquer les exploits d’Arnau Tenas et de ses coéquipiers !
Pep Guardiola a appelé les Catalans à manifester contre la situation à Gaza
Propos recueillis par EH.

