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La réalité est déconcertante. Ce Clásico ne se limite plus à un simple affrontement entre deux équipes en quête du titre. Ce duel, chargé d’influence et de prestige, devrait pourtant, au regard de l’héritage et des talents présents sur le terrain, être considéré comme exceptionnel. En ce dimanche de la 35e journée de Liga, le FC Barcelone aspire à décrocher au moins un titre de Liga après une élimination décevante face à l’Inter en Ligue des champions, tandis que Kylian Mbappé cherche à redresser sa saison, tout comme Carlo Ancelotti, dont l’avenir semble incertain. Sur le plan du spectacle, ce match a tenu ses promesses avec six buts en première mi-temps, dont une remontée spectaculaire du Barça en deux minutes et un triplé de l’attaquant français. Cependant, la beauté du jeu semble avoir perdu de son importance. La transformation progressive et inéluctable du Real Madrid, accentuée cette saison par des performances décevantes, a relégué les considérations tactiques au second plan des analyses et des préoccupations.
L’arbitrage, un adversaire redouté
Avant le coup d’envoi, Real Madrid TV – ou Fox News – a une fois de plus attaqué avec virulence l’arbitre désigné, Alejandro José Hernandez Hernandez, accusé de posséder « le plus faible pourcentage de victoires du Real Madrid parmi ceux qui l’ont officié au moins dix fois (54 %) », insinuant qu’il serait un « supporter de Barcelone depuis son enfance ». Le score de 4-3 du week-end semble contredire cette propagande, l’arbitre ayant accordé un penalty au Real tout en en refusant un au Barça, tout en étant clément en n’expulsant pas Aurélien Tchouaméni. Peu importe, les faits semblent désormais insignifiants : Florentino Pérez a, en effet, métamorphosé son club en une véritable machine politique et économique dans le monde du football. Les discours employés reflètent de plus en plus une dynamique similaire à celle observée dans une autre Maison-Blanche, à Washington. Bien que les comparaisons entre le domaine politique et sportif soient souvent délicates, la proximité entre les visions du monde du trumpisme et celles du Real Madrid devient de plus en plus troublante.

À l’instar du nouveau roi « d’Amérique », le Real semble persuadé de son droit à écraser ou à soumettre tout obstacle sur son chemin, au nom d’un principe fondamental : une toute-puissance à laquelle il faudrait se soumettre avec humilité. De la même manière que Donald Trump méprise le droit international et les institutions qui le soutiennent, les Madrilènes cherchent à contourner les instances du football, comme l’UEFA, pour instaurer la Superligue, uniquement pour satisfaire une insatiable avidité financière. Pour le Real, le football n’est qu’une affaire lucrative. Tout comme l’homme à la mèche blonde tente de maîtriser la complexité de la géopolitique avec des manœuvres simplistes, le club madrilène réduit le sport à un simple business.
Victimisation et complot
Une autre similitude frappante réside dans cette victimisation paradoxale et constante. Du côté des « justes », le sentiment d’injustice, alimenté par des manigances obscures, renforce la cohésion des partisans contre un ennemi commun. Donald Trump, bien qu’il soit un enfant gâté de l’establishment, se présente comme le seul adversaire d’un État profond qui chercherait à priver les « vrais Américains » de leur victoire. De manière similaire, Florentino Pérez transforme ses supporters en une sorte de « milice », prêts à renverser par tous les moyens ceux qui s’opposent à la cause madrilène. Dans cette optique, l’échec ne peut être que le résultat d’une malveillance cachée, voire d’un complot.

Un point crucial réside dans le rejet de tout contre-pouvoir, peu importe sa légitimité, qui oserait entraver l’ascension du nouveau démiurge. Donald Trump méprise la justice, la considérant comme un obstacle à ses ambitions (il estime qu’elle lui a volé sa victoire contre Joe Biden). De la même manière, le Real ne tolère plus qu’on s’oppose à ses désirs. Le dernier Ballon d’Or en est un exemple frappant. Mats Hummels, champion du monde 2014 avec l’Allemagne, avait déjà établi un parallèle avec la situation politique américaine après le boycott de la cérémonie par les Merengues. Dans son podcast Alleine ist schwer, il a déclaré : « Utiliser l’expression “manque de respect” alors qu’on n’a pas gagné une élection, ça a des traits légèrement trumpiens. » Le Real, tout comme le président américain, semble se délecter du chaos qu’il engendre. Et si Florentino Pérez espérait que ses supporters envahissent les bureaux de la fédération espagnole, à l’image des partisans de Donald Trump saccageant le Capitole ?
Bravo, Barça !
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